L'Allier du saumon

Qu’il est donc difficile d’être un poisson !


Saviez-vous qu’au 18ème siècle, il y avait plus de 100 000 saumons sauvages dans l’Allier et que malheureusement depuis 1997, on n’en compte plus qu’entre 600 et 1200 ?

Aujourd’hui, ce poisson est une espèce en voie de disparition. Et pour cause !

Que son parcours est long et mystérieux, poussé, par on ne sait quel instinct, à regagner sa rivière natale après avoir passé sa courte vie en haute mer.

Rendez-vous compte, le saumon doit parcourir près de 5 000 kilomètres avant de pondre et perpétuer l’espèce. Que de pièges et de prédateurs à éviter pour rester en vie : la vase, la chaleur, la fatigue, les pêcheurs, les braconniers et les seuils difficiles voire impossibles à franchir quand ils ne sont pas aménagés.

L’aventure du saumon de l’Allier démarre au Groenland pour finir à Langogne (Haut-Allier) en passant par Vichy, sa passe à poissons et son Observatoire. Elle prend des allures de "road-movie " dans une passionnante bande dessinée intitulée L’Allier du Saumon : une histoire vraie  écrite et dessinée par Aurore Baisez, Nathalie Martet et Pascal Camacho. Cette histoire est éditée par l’Association Logrami: Loire Grand Migrateurs dont le but est d’apporter une aide à la gestion par la mise à disposition de connaissances sur les poissons grands migrateurs et leur milieu.

Raconté par les saumons eux-mêmes, ce fascinant voyage est disponible aux Fonds Patrimoniaux et bientôt à la section Enfants.




Martine

Conservatoire national du saumon sauvage - Les poissons en direct de l'Observatoire de Vichy

Logrami - Vichy


Le voyage en littérature

De nombreux écrivains, à l’instar de Valery Larbaud, furent de grands voyageurs et se servirent de leur talent pour témoigner de leur expérience. Il n’est donc pas étonnant que des anthologies, nous invitant à partir au bout du monde,  nous offrent la possibilité de les (re)découvrir.

Partir, par exemple, en Abyssinie, à Berlin, Brazzaville, Vallombros ou sur la mer Egée ; prendre l’Orient-Express ou le Transsibérien et avoir entre autres Michel de Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, Frédéric de Stendhal, Blaise Cendrars ou Jean-Marie Le Clézio comme guides, c’est tout de même un privilège !


Balades littéraires en Albanie

Le goût de la Croatie

Le goût de Londres
Les plus beaux poèmes 
de voyage
Le goût de  Rio de Janeiro
Le tour du monde en poésie
L'Ouest surnaturel
Le goût du voyage
Ecrire le voyage
Histoires de trains
Vous n'avez plus qu'à choisir votre destination. Tous ces ouvrages peuvent être consultés sur place ou empruntés.

Martine

Pierre Rivas : don d'un chercheur

Pierre Rivas a fait don récemment au Fonds Valery Larbaud d’une importante correspondance datant des années 1970 qu’il a entretenue avec différents prestigieux auteurs parmi lesquels Emmanuel Berl, Julio Cortazar, Michel Déon, Roger Grenier, Paul Morand, Pascal Pia, Victor Ramos ou Paulo Ronai. Tous essaient de répondre avec le plus de précisions possibles aux questions de leur interlocuteur.

En effet, Pierre Rivas est un universitaire spécialiste des littératures française, portugaise et brésilienne et a fait paraître à ce sujet de nombreuses études. Littérature française - Littératures lusophones : regards croisés est d’ailleurs l’une de ses dernières publications. Traducteur, il a également dirigé l’édition critique de la publication française de  Macounaïma ou le Héros sans aucun caractère de Mario de Andrade en 1996.


Cette correspondance témoigne de ses recherches effectuées dans ce domaine. Et si Pierre Rivas a souhaité faire ce don à la ville qui a vu naître Valery Larbaud, c’est que son chemin de chercheur a, un jour, croisé celui de l’écrivain qui s’était passionné sur le tard pour la littérature lusophone.

De l’élaboration de sa thèse en 1976 Les relations littéraires entre la France, le Portugal et le Brésil de 1880 à 1930 à aujourd'hui, Pierre Rivas n’a cessé de travailler sur Valery Larbaud, notamment en dirigeant le Cahier des Amis de Valery Larbaud en 2005 intitulé Dernière tentation de Valery Larbaud : le Brésil. 

Pierre Rivas fait un joli cadeau à la ville de Vichy en décidant de lui confier cette correspondance où l’on peut découvrir l’intérêt que tous ces écrivains portaient à ses travaux.

Martine

L'Hôtel Albert Ier sur papier calque



À la demande de certains membres de l’actuelle copropriété de l’Albert Ier qui souhaitaient travailler sur l’histoire du bâtiment, les plans de l’ancien hôtel ont été exhumés de l’énorme masse des archives Percilly-Brière pour être précisément inventoriés, dépoussiérés et reconditionnés. Lors de ses recherches menées pour la préparation du premier volume qu’il consacra aux palaces de Vichy, Jacques Cousseau avait déjà pu consulter ces importants dossiers mais le traitement de ces quelques 492 plans et autres notes et courriers avait dû être différé.





Aujourd’hui ce n’est pas moins de six ensembles, plans à plat ou dossiers, qui sont à la disposition du public. Si rien ne subsiste sur la construction initiale, le chercheur pourra suivre l’évolution des différentes transformations opérées ou seulement projetées, entre 1902 et 1946, par l’architecte Antoine Percilly (1858-1928) puis son gendre Gilbert Brière (1882-1961). Tous ces plans ont été commandités par François Mignot qui acquit l’hôtel en 1903. Ils permettent de suivre non seulement les agrandissements successifs mais également la modernisation des équipements et la mise au goût du jour de la décoration : transformation des façades, disposition d’un « ascenseur suspendu électrique », construction d’un grand hall sur le jardin, réaménagement de la réception et du bureau, décoration de chambre ou salle à manger, pose de treillages dans le jardin… 

Après agrandissement et surélévation, dans les années 30, l’hôtel n’affichait pas moins de 180 chambres. Dans le chapitre qu’il consacre à l’Albert Ier, Jacques Cousseau souligne aussi la notoriété de la table de cet hôtel, l’une des plus réputée de la région.




Fabienne

Voir les notices des dossiers dans le catalogue : 

Échappées belles à l’heure des vacances

Malgré tout… C’est l’heure des vacances, l’heure de se perdre entre les pages d’ouvrages inattendus, inclassables, loin des sentiers battus.



Les derniers du genre parvenus sur les rayons des fonds patrimoniaux sont l’œuvre d’un auteur vichyssois aussi discret que fécond décrit ainsi par Jean-Baptite Para dans la revue Europe (août-sept. 2006) : «  Joël Cornuault est un écrivain qui aime les proses vagabondes, les méditations itinérantes qui embrassent des parcelles du monde dans le cercle du regard et de la pensée. Il peut s’agir d’un paysage, d’un instant de vie, d’un souvenir, ou encore de l’évocation de l’œuvre d’un poète ou d’un peintre. Le mouvement même de son écriture rend sensible un mélange de détachement et d’implication dans la marche du monde, de retraite silencieuse et de vive sensibilité du corps et de l’esprit. »



Les trois élégants volumes, tout de blanc vêtus, édités par Isolato entre 2011 et 2015, ont été imprimés sur des presses typographiques qui laissent l’empreintes des caractères de plomb dans l’épaisseur d’un beau papier vélin. Les prendre en main est déjà tout un plaisir mais découvrir ce qui s’y trame… 

Dans Ce qui fait oiseau, toutes sortes de volatiles nous entraînent dans des balades géographiques, botaniques et littéraires les plus variées, des bois du Périgord à la vallée du Sichon, en passant par les rives du fleuve Hudson, prétextes à l’évocation d’André Breton, Walt Whitman, Clément Janequin ou encore Valery Larbaud et Roger Caillois. Au col de la Chapelle nous ramène dans le Paris (18e arrondissement) des années soixante, guidé par un enfant promeneur et rêveur qui nous prouve que les pentes de Montmartre recèlent tout autant de trésors pour qui sait les observer. Enfin, Liberté belle est une véritable ordonnance contre la morosité, une injonction à profiter de la vie : « Naturellement, n’importe qui, même le moins entraîné des flâneurs, a pu saisir  du coin de l’œil, à la dérobée, fortuitement, la beauté logée dans une tache de soleil, la surprise d’un oiseau, la vision d’une passante inconnue… ». Et pour cela, toutes les voies sont possibles : les rues de Passy comme les sentiers du Sancy, chemins où l’on croise Pissaro, Armstrong, Lao She et bien d’autres… Alors ne vous privez pas et suivez le guide !

Fabienne

Deux sources à l'affiche

Une récente vente aux enchères parisienne a permis l’acquisition de nouvelles affiches illustrées consacrées à des sources du bassin vichyssois.


La première, signée Géo Blott (1860-1934), est une publicité pour la Source Lagoutte découverte en 1890 à Saint-Yorre et autorisée un an plus tard, comme l’indique Pascal Chambriard dans Aux sources de Vichy. On y voit une belle rousse prélever l’eau à la source qui coule en cascade, devant le château de Busset placé en arrière-plan, tandis qu’une grande bouteille occupe le tout premier plan. Datée de 1898, elle dénote déjà d’une nette mais encore sage influence Art nouveau, notamment dans le traitement de la chevelure et de la robe de la naïade. 





La seconde concerne la Source du Château de la Motte située sur la commune de Cusset. L’illustrateur, resté anonyme a quant à lui choisi la bien plus sérieuse figure de Louis Pasteur pour vanter les mérites de cette source, découverte en 1900. Placé derrière un comptoir, au second plan, légion d’honneur à la boutonnière, le célèbre scientifique, pourtant mort en 1895, lève solennellement un verre. Son air sévère est compensé par une élégante ornementation Art nouveau qui enveloppe la bouteille d’eau minérale, elle aussi placée au premier plan. L’exemplaire acquis est une épreuve d’imprimerie dont les coloris ont été particulièrement bien préservés. 




Une troisième affiche, projet de publicité pour l’apéritif Vichy-Quina, a été acquise lors de la même vente. Il s’agit d’une gouache originale signée Lucien Flachot (1892-1984) qui est très probablement restée inédite.
Fabienne

Marguerite Bellanger à la une



On le sait, le sculpteur Albert Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887) a laissé plusieurs traces de son passage dans le paysage vichyssois : les cariatides illustrant les quatre saisons sur la façade nord du casino ainsi que la Déesse des eaux qui se trouvait à l’origine sur la façade sud (aujourd’hui à l’extrémité du Parc des Sources, côté rue Source de l’Hôpital). Une photographie de cette dernière, issue d’un album de Dussol (1881) conservé aux Fonds patrimoniaux de Vichy, a d’ailleurs été reproduite dans le catalogue édité à l’occasion d’une exposition qui s’est tenue au Palais de Compiègne en 2014.








Divers témoignages rapportent que le sculpteur profita de son séjour à Vichy où il supervisait les travaux du casino, en 1864, pour sculpter le buste de Napoléon III, non sans difficulté car l’impérial modèle était insuffisamment disponible au goût de l’artiste. Ce buste en marbre, signé et daté « A. Carrier Vichy 1864 », exposé au Salon de 1865, est aujourd’hui conservé au Palais de Compiègne. Le catalogue de l’exposition nous apprend que Carrier-Belleuse exécuta également à Vichy un premier portrait de Marguerite Bellanger. C’est d’ailleurs un buste en terre cuite de la maîtresse de l’Empereur, sans doute réalisé vers 1866,  qui fait la une du catalogue.
























En revanche, nous avons perdu la trace des « médaillons de célébrités en terre-cuite fouillés par Carrier-Belleuse », évoqués par les frères Goncourt le 22 juillet 1867 dans leur journal, qui ornaient le jardin du chalet de la Compagnie (aujourd’hui Maison Décoret), rue du Parc…

Les photographies de l'Album de Dussol sont consultables en ligne à partir du catalogue de la médiathèque alors que le catalogue de l'exposition du Palais de Compiègne est consultable aux Fonds patrimoniaux.

Fabienne

Il y a exactement 103 ans, les crues faisaient déjà l’actualité…



Aussi impressionnantes et traumatisantes pour les populations touchées soient-elles, aggravées par le réchauffement climatique ou non, les crues ne sont pas un phénomène récent. Les fonds patrimoniaux en conservent de nombreux témoignages. 

Le 3 juin 1913, l’Allier inondait les installations sportives de la rive gauche et une exposition temporaire prévue à Bellerive pour la saison qui ne put finalement avoir lieu. Des cartes postales avaient alors témoigné de l’importance de la crue et des dégâts occasionnés. La presse locale s’en faisait également l’écho. Ainsi pouvait-on lire dans « La Semaine de Cusset-Vichy » le 7 juin 1913 : « Les prédictions météorologiques pour le mois de juin ne sont pas rassurantes. On nous annonce une succession de pluies, d’orages de tempêtes. Et il faut bien reconnaître que les débuts du mois ne semblent donner que trop de vraisemblance à ces fâcheuses prévisions. Nous avons actuellement, après une série de pluies torrentielles, une grande crue de l’Allier. Les eaux, au plus fort de la crue, sont montées à plus de trois mètres au-dessus de l’étiage, au pont de Vichy. […] L’Allier se précipitait avec ce bruit sinistre qui double l’horreur du spectacle. On l’entendait de loin comme un train en marche. […] Les dégâts, autour de Vichy, sont considérables. Tout le Parc nouveau [le Parc des Bourins], créé et entretenu avec tant de soins par la Compagnie fermière, a été raviné, l’aérodrome est sous l’eau. Sous l’eau également, le Champ de courses, l’Exposition qui, organisée pour la saison 1913, achevait ses derniers préparatifs, et le golf auquel les premiers buveurs de la colonie étrangère donnaient un commencement d’animation… » 

Jean Folcher. Crue de l'Allier, le 26 octobre 1943. Huile sur carton, 75 x 106 cm. (Musée municipal - réserve)

En 1943, c’est l’automne qui fut particulièrement pluvieux, alors que la crue de 1913 faisait encore référence pour la région. « Le Progrès de l’Allier » du 27 octobre 1943 titrait en première page de son édition vichyssoise : « La Loire et l’Allier, quittant leur lit ravagent les régions riveraines. Cette inondation, la plus importante depuis 1913 a causé des dégâts incalculables notamment à Vichy, Bellerive, Abrest et Saint-Yorre ». À cette occasion, un sportif émérite s’était distingué en effectuant des sauvetages particulièrement courageux : « Au loin, vers Hauterive, tout au sommet d’un toit, un homme fait des signaux. On lui répond et bientôt une barque se dirige, en louvoyant, vers lui. L’homme qui la monte, Jean Coutière, champion d’aviron, a couru les Régates internationales d’Amsterdam. Il connaît la rivière et affronte sa colère courageusement, savamment, allant franchement contre le courant pour approcher des maisons d’où les appels partent. Bientôt il revient, son embarcation chargée de quatre personnes qui grâce à lui retrouvent la terre ferme. Infatigable il repart quatre fois successives, il renouvelle la manœuvre. À chaque voyage la fatigue se lit sur son visage un peu plus pâle, il vient de sauver seize personnes. » 



Cette fameuse crue de 1943 a été immortalisée par les photographes de presse très présents à Vichy à cette période mais aussi par un peintre, Jean Folcher, dont, hélas – ironie de l’histoire - la peinture a depuis été inondée ! 


Pour en savoir plus sur Jean Coutière, qui avait été titré champion de France en 1939 et qui recevra la médaille d’argent du courage pour le sauvetage de 57 personnes au total, n’hésitez pas à consulter le riche album publié par le Club de l’Aviron de Vichy à l’occasion de son cent-vingtième anniversaire. 



Par ailleurs, un chapitre est consacré à ce sujet des crues dans le très beau livre publié récemment par le Conservatoire d’Espaces naturels de l’Allier sous la direction d’Estelle Cournez : Sur les traces de l’Allier. A consulter ou à emprunter à l’Espace patrimoine.

Fabienne


Les bibliothécaires lisent Valery Larbaud

C’est en 1922 que Valery Larbaud rencontre la gênoise Maria Nebbia. Compagne, amie, infirmière, cette belle italienne accompagnera l’auteur jusqu’à la fin de sa vie. Ce dernier, pourtant si discret sur sa vie privée, a écrit de magnifiques pages, dans son journal, sur sa compagne lors d’un séjour à Milan en 1935. 

 Installez vous dans un bon fauteuil, fermez les yeux et écoutez cette déclaration d’amour de Valery Larbaud, lue par notre collègue Romain Corre. 

 Savourez !


Les dessins originaux de Roger de La Boutresse désormais accessibles en ligne



La préparation d’une conférence donnée récemment à la Société d’Histoire et d’Archéologie de Vichy et des Environs a été l’occasion d’enrichir la galerie Flickr du patrimoine de la Médiathèque. Sébastien Hervier travaillait en effet depuis près d’un an sur l’histoire de Varennes-sur-Tèche, commune située entre Lapalisse, Jaligny et Le Donjon. Or cette commune compte parmi ses anciens maires l’historien Roger de La Boutresse (1860-1931) qui n’est autre que le co-auteur du fameux « Fiefs du Bourbonnais » publié entre 1896 et 1936 avec Genest-Émile Aubert de La Faige.




Château de Précord à Varennes-sur-Tèche - phot. S. Hervier



  
Le Château de Précord : dessin à la plume
par Roger de La Boutresse, vers 1890
Dans la préface de cet ouvrage, les auteurs en annoncent les visées : « En publiant les quelques notes que nous avons pu recueillir sur le passé des localités notables de nos environs, nous espérons intéresser ceux qui ont le culte des souvenirs, et aussi, sauver, au profit de plus érudits que nous, bien des documents, des vestiges et des traditions qui chaque jour, disparaissent, s’effritent et s’oublient. » Propos emprunts de modestie : les quelques notes forment en réalité deux copieux volumes. Le premier volume comporte en outre 220 gravures réalisées d’après les dessins à la plume de Roger de La Boutresse lui-même. Pour le second, préparé dès 1903, Roger de La Boutresse s’était adapté à l’évolution des techniques et avait semble-t-il réalisé de nombreuses photographies. Mais sa parution fut retardée par les maladies et décès des différents protagonistes, auteurs et éditeur, au point qu’il fallut se résoudre à une publication non illustrée. 

Montaiguet : dessin à la plume
par Roger de La Boutresse, vers 1890
Lors de ses séances de travail aux Fonds patrimoniaux, Sébastien Hervier a demandé à consulter les illustrations originales. Acquises chez un libraire vichyssois voilà plus de vingt ans, elles furent mises à sa disposition, occasion d’admirer le talent du dessinateur. Ressources iconographiques précieuses sur un patrimoine aujourd’hui parfois disparu, ces images témoins de leur temps sont également de véritables œuvres d’art dans lesquelles l’artiste a apporté grand soin au traitement des détails archéologiques, architecturaux mais aussi aux paysages et aux arbres.

Il fut donc décidé de faciliter l’accès à ces planches en procédant à leur numérisation puis à leur mise en ligne. Chacun de ces dessins a été décrit à l’unité dans le catalogue, avec une indexation qui permet une interrogation précise à la commune concernée. À noter que trois de ces illustrations sont finalement restées inédites. Parmi elles, « La chapelle de Melleray » aujourd’hui située sur la commune du Donjon, a pu être identifiée grâce à l’aide de Sébastien Hervier. Un grand merci à lui de nous avoir permis la mise en lumière de ce véritable artiste.


Chapelle de Melleray : dessin à la plume de Roger de La Boutresse, vers 1890 - inédit
 

L'ouvrage "Les Fiefs du Bourbonnais" est consultable sur Gallica :
Tome 1 : Lapalisse
Tome 2 : Moulins, rive droite de l'Allier

Mais aussi aux Fonds patrimoniaux en édition papier - voir les notices dans le catalogue de la Médiathèque :
Tome 1
Tome 2

Une véritable invitation à partir à la (re)découverte du patrimoine bourbonnais...

Pour en savoir plus, il faudra patienter jusqu'à la publication de l'article de Sébastien Hervier sur l'histoire de Varennes-sur-Tèche, dans le n° 167 du Bulletin de Société d'Histoire et d'Archéologie de Vichy et des Environs (fin 2016). Le Bulletin n°166 paraîtra mercredi 25 mai.

Fabienne

La photographie dans les collections de Valery Larbaud


Le fonds Valery Larbaud comprend plus de 2.000 photographies dont au moins 1.500 prises du vivant de l’auteur qui faisaient partie de la vente de la collection de l’écrivain à la Ville de Vichy en 1948.  Elles sont actuellement en cours de numérisation et de traitement informatique. Comme beaucoup, le vichyssois aimait s’entourer de clichés représentant ses proches, ses amis écrivains, mais aussi les lieux où il avait vécu. Dans ses collections, on trouve bien sûr des portraits exécutés par des photographes professionnels mais également de nombreux clichés amateurs, dont certains pris par l’auteur lui-même. Valery Larbaud avait visiblement une pratique régulière de la photographie, même s’il l'évoque assez peu dans son journal.


   Après l’invention de l’héliographie (1826) et du daguerréotype (1837), c’est en 1840 que William Henry Fox Talbot invente le calotype, procédé négatif-positif permettant la diffusion multiple des images. Il pose ainsi les bases de la photographie argentique. Par la suite, les professionnels travailleront sur l’amélioration des tirages. Pour ceux que l’histoire de la photographie intéresse, la médiathèque possède de nombreux livres sur le sujet. Vous pouvez consulter entre autres  La photographie en France : des origines à nos jours  de Claude Nori ou encore La photographie : l'époque moderne, 1880-1960  de Quentin Bajac.

   Mais jusque dans la première moitié du 19e siècle, les portraits sont encore grand format, et coûtent relativement cher. Ainsi, seules la noblesse et la grande bourgeoisie peuvent se payer ce luxe.
   Il faut attendre 1854 et l’invention de la photo-carte de visite ou portrait-carte de visite par Eugène Disdéri pour que la petite et moyenne bourgeoisie accède à la photographie. D’un format de 53 x 85 mm, le portrait est alors décroché du mur et s’échange entre membres de la famille ou entre connaissances. Dès lors, toutes les étapes de la vie sont consignées : naissance, communion, mariage, etc.

   On trouve de nombreuses photo-cartes dans les collections de Valery Larbaud, mais une seule est signée Eugène Disdéri.


   Cette photographie, prise en 1874, représente Léon Labbé (1832-1916). Ce chirurgien qui a aussi fait une carrière politique, était un ami de Nicolas Larbaud (1822-1889). Il a opéré et sauvé Valery Larbaud d’une hernie menaçant de dégénérer en péritonite, quand il avait 6 ans. On comprend que cette photographie ait été précieusement conservée.
   On reconnait, sur le dos de la photographie, l’écriture de Valery Larbaud indiquant qui est représenté et la date du cliché. Un certain nombre de photographies possèdent ce genre d’annotations : inutile de dire combien les bibliothécaires lui en sont reconnaissantes !

   De plus, Valery Larbaud a fait retirer un certain nombre de photographies sur support carte postale inscrivant les précieuses informations au dos. Voici, par exemple, sa mère Isabelle Larbaud (1843-1930) sur un cliché pris à Pau par L. Subercaze en 1879, année de son mariage avec Nicolas Larbaud.



   En voici une autre, représentant quelques années plus tard sa mère (à gauche) et sa tante Jane (à droite) à Valbois, propriété de la famille. Elles sont accompagnées de trois jeunes domestiques, mais aussi de nombreux chiens dont à gauche Valentin. Isabelle et Jane, sœurs jumelles, étaient pourtant de caractères très différents. Ecoutons Maria Nebbia, la compagne de Valery les décrire : « La tante douce, compatissante et affectueuse, haute en couleur comme vous dites, avec son parler du terroir où elle a toujours vécu. Sa mère assez autoritaire et plutôt froide. » Ne les ayant jamais rencontrées, elle tenait certainement cette information de son compagnon.



   Encore une des très nombreuses photographies représentant les chiens de la maisonnée. Isabelle, mais surtout Jane avait un amour immodéré pour ces adorables animaux. Ces derniers ont reçu, chez les photographes, le même traitement que leurs maîtres, comme en témoigne cette photographie de Mimi, décidément bien à l’aise sur son fauteuil.




   Une autre chienne, Lili a, elle aussi, eu les honneurs du photographe. Ce cliché est le premier que nous possédons de Valery Larbaud. Il a probablement été pris en 1882 et est signé Léon Lagny, installé à Vichy à partir de 1881. Cette fois, c’est Isabelle qui nous indique qui est sur la photo donnant ainsi le nom de l’enfant, du chien, ... mais pas celui de la nourrice !


   Le déclin des photos cartes et de la photographie professionnelle débute dans les années 1900 avec l’avènement de la photographie d’amateur induite par l’évolution technique et le lancement du Kodak. Bien sûr, cette pratique est encore réservée à une classe aisée qui a les moyens et le temps de se former. On s’aperçoit que Valery Larbaud est complètement dans l’air du temps avec cette nouvelle technologie. Lorsqu’il s’embarque pour un voyage en Italie en novembre 1900 avec son ami Jean-José Frappa, il va bien évidemment prendre quelques clichés de son périple. Parfois avec succès et parfois… moins !

   De nombreux autres voyages seront l’objet de photographies ramenées en souvenir. Larbaud aimait pratiquer ce que l’on nomme aujourd’hui le tourisme littéraire. Ainsi en mai 1934, il part en Angleterre, à Langar, lieu de naissance de l’un de ses auteurs préférés : Samuel Butler (1835-1902). Il achète des cartes postales dans une boutique où on le regarde avec étonnement, personne là-bas ne connaissant Butler. Mais il prend aussi beaucoup de clichés. Certains (les meilleurs) sont collés directement dans le journal qu’il est en train de rédiger, d’autres seront tirés plus tard en cartes postales et même encadrés.




   Dans la collection de Valery Larbaud, on retrouve aussi un grand nombre de portraits d’écrivains, amis ou simplement des auteurs qu’il admirait et dont il aimait s’entourer dans sa Thébaïde. Certains sont dédicacés et/ou encadrés. En voici une d’Henri Jean-Marie Levet, né à Montbrison en 1906 et mort trop jeune en 1911. Ce diplomate est l’auteur des poèmes que Valery Larbaud et son ami Léon-Paul Fargue feront publier en 1921 dans un recueil intitulé « Cartes postales ».


   A propos d’Henri Jean-Marie Levet, Valery Larbaud possède une bien étrange photographie qui a été source de nombreux étonnements.


   Curieuse n’est-ce pas ? Valery Larbaud nous en donne l’explication dans son journal de 1911 : «Fargue m’avait donné une photographie manquée, sur laquelle deux vues différentes se mêlaient. Levet debout au bord d’un trottoir, à Paris ; et Levet assis sur le plancher de la chambre de sa mère, la tête appuyée sur l’épaule de sa mère assise, et la regardant (la position dans laquelle il est mort). J’avais noté la ressemblance de la mère et du fils.»



   Valery Larbaud a expurgé de ses journaux tout ce qui était trop intime, avant de vendre ses collections à la ville de Vichy. Heureusement il a gardé des photographies de la femme de sa vie. Maria Nebbia, rencontrée en 1922 à Gênes, sera la première à ne pas menacer sa liberté. Elle sera sa compagne, son amie et même son infirmière jusqu’à la fin de sa vie.




 Et maintenant regardez bien ces photographies. La première représente Madame et Monsieur Marcel Ray avec Maria Nebbia, tandis que sur la seconde on peut voir Maria Nebbia, Madame Marcel Ray avec Valery Larbaud. Elles ont été prises en Albanie lors du dernier grand voyage du couple en 1935. Ils étaient partis voir Marcel Ray, alors ambassadeur à Tirana et grand ami de Larbaud.


   Voici deux autres tirages ayant reçu un traitement assez particulier. Eh oui, Maria Nebbia a disparu du cadre, emportée par des ciseaux bien aiguisés. Non, rassurez vous il ne s’agit pas d’une coupe sauvage de notre part, mais plus vraisemblablement de celle de Maria Nebbia. En effet, il existe d’autres clichés ayant reçu le même traitement. Peut-être n’aimait-elle pas se voir en photographie ?


   C’est au retour de ce voyage que Valery Larbaud est terrassé par un accident vasculaire cérébral qui provoque une hémiplégie et aphasie. Les années suivantes, Valery Larbaud partage son temps entre Vichy et Valbois.


   Valbois est le fief de la famille maternelle. Ce domaine sera toujours lié à l’enfance de Valery Larbaud lorsqu’il venait passer ses vacances auprès de Jane, sa tante. C’est également ici qu’adulte il viendra trouver le calme, la paix et l’éloignement. Il en avait fait son lieu de « retirance » : « Tout autour du château, c’est le jardin et ses roses, un kiosque vieillot, la charmille et le parc avec, d’un côté des marronniers et de l’autre les sapins. Enfin la prairie, le vallon planté de pins où serpente le ruisseau et les bois. »

   Enfin, pour conclure, voici l’un des derniers clichés de Valery Larbaud pris à la fin de sa vie. Bien entouré par Maria, Laeta, son infirmier, il s’est éteint en 1957.

   Au travers ces photographies, c’est toute la vie de Valery Larbaud que l’on découvre sous un angle nouveau. Il est bon de mettre des visages sur des noms rencontrés dans les journaux ou la correspondance de l’auteur. C’est aussi, en quelque sorte, une partie de la société intellectuelle européenne qui apparaît au fil des images. Il ne vous reste plus qu’à venir les découvrir aux Fonds Patrimoniaux.

Martine