Un Hammam à Vichy




Affiche publicitaire, vers 1890


Pour ceux qui n’ont pu assister au dernier Atelier patrimoine, 
l’histoire du Hammam vaporifère en bref.


À l’origine du Hammam, un instituteur 

Buste d'Armand Perrin
au cimetière de Vichy
(phot. F. Gelin)

Armand Perrin est né en 1835 dans la Creuse. Il fait ses études à l’école normale d’instituteurs de Guéret et est nommé au collège de Montluçon, puis à celui de Cusset, de 1861 à 1871. Il y était visiblement très apprécié puisqu’à l’annonce de son départ, certains de ses anciens élèves firent paraître une lettre ouverte dans « La Semaine de Cusset et de Vichy » du 23 septembre 1871. À cette date, le conseil municipal de Vichy fit en effet appel à lui pour assurer la création de son école laïque. Cette école, baptisée École Carnot, fut d’abord ouverte boulevard de Russie, dans les anciennes écuries impériales, puis déménagée (en 1888) sur l’actuelle place de la mairie (école Sévigné-Lafaye actuelle). Fervent républicain, il fut ensuite élu conseiller municipal jusqu’à son décès.

Le Théâtre des Variétés 


En 1881, Armand Perrin rachète un ancien théâtre situé 3 rue Burnol, alors passage du Parc, à Jean Pouillien. Ce théâtre est le deuxième construit à Vichy, un an après le casino. Il est inauguré le 5 août 1866 : « Le théâtre Pouillien est une fort jolie salle toute fraîche et pleine de coquetterie qui s’est construite dans le passage du Parc. En y entrant, on est saisi par la fraîcheur de la décoration et d’une ornementation de bon goût. Il y a deux matins qu’elle est terminée ; terminée, je me trompe : la galerie est destinée à recevoir des loges qui sont à faire encore, et on a dû improviser beaucoup de choses pour arriver à ouvrir le théâtre dimanche dernier […] Mais le théâtre Pouillien n’a point la prétention d’être comparé au Casino, j’en suis sûr. Il est tout mignon, et pour le bâtir il n’a point fallu abattre de grands arbres, faire appel à de grands architectes et commettre de grandes erreurs. M. Batilliat a fait le plan, M. Plantade a peint les décors, et si le grand rideau est de lui, je lui en fais mon compliment. » (La Semaine de Cusset-Vichy, 11 août 1866). Si les premières saisons paraissent avoir connu un certain succès, l’exploitation en fut plus chaotique les années suivantes et il changea souvent de direction. 

  

Ouverture du hammam, le 11 juillet 1881 


Façade sur la rue Burnol, extrait du guide édité vers 1895
Armand Perrin ouvre un établissement qui se veut complémentaire des soins thermaux, équipé des appareils vaporifères du Dr Lefebvre. Dès 1861, ce dernier avait mis au point des appareils de sudation qu’il présenta régulièrement à l’Académie de médecine. Ils étaient surtout utilisés dans les hôpitaux militaires. Les soins consistent en bains turcs et russes, bains de vapeur, bains électriques, inhalations, pulvérisations, massages… Il s’agit donc de soins complémentaires à la cure mais qui n’utilisent pas d’eau thermale. Antoinin Mallat (Histoire des eaux minérales de Vichy par Antonin Mallat, 1909. Livre 3, p. 574-577) détaille la répartition des salles : au sous-sol : bains turcs et bains russes, salle de douches-massages, déshabilloirs et grand salon de repos, ainsi que la salle des machines ; au rez-de-chaussée, inhalations d’oxygène, bains sulfureux, bains médicamenteux, bains d’air chaud en caisse, salle de gymnastique médicale, pastillerie et surtout un salon d’attente de 100 m2 et 12 m de haut, avec jet d’eau et plantes vivaces.

Piscine, extrait du guide édité vers 1895
Cet établissement, idéalement situé et des mieux équipés, rencontre immédiatement le succès. Il est agrandi durant l’hiver 1887-88, avec l’adjonction (à l’est) du n°5 de la rue Burnol. Au sous-sol est aménagée une piscine de 150 m2, alimentée à l’eau courante par une chute d’eau se brisant en cascade sur un rocher, alors qu’autour sont disposés cabines, chauffe-linge et buffet. 



Les sources d’Hauterive


Carte postale publicitaire, vers 1910
En 1893, Armand Perrin décide de forer des sources à Hauterive. Il s’adresse alors à l’architecte Antoine Percilly (1858-1928) pour l’aménagement d’un parc et la construction de plusieurs bâtiments sur ses terrains. L’architecte livre ses premiers projets en avril 1893 mais le commanditaire meurt en mai, laissant la direction de l’entreprise à sa veuve Anaïs Roux (1849-1920). L’année suivante, elle fait reconnaître officiellement la Source du Hammam n°1 qui deviendra source des As en 1922, puis la source du Hammam n°2 qui prendra le nom de Source des Eaux-Vives, toutes deux mises en valeur dans un parc à l’anglaise : « Les sources du Hammam jaillissent au milieu d’un vaste et magnifique parc situé à deux pas de la ville de Vichy, dans un des beaux sites de la région. Les constructions mauresques des bâtiments d’exploitation et des sources sont une véritable curiosité que tous les buveurs d’eau de passage à Vichy seront intéressés et satisfaits de visiter. C’est d’ailleurs une des plus charmantes promenades que l’on puisse faire soit à pied (20 minutes de marche), soit en voiture ou en bateau. » (Vichy : le Hammam, grand établissement thermo-médical, ca 1895). Les plans de Percilly prévoient une villa, un bâtiment pour l’embouteillage et l’emballage, un abri de source, une écurie remise et divers kiosques qui ponctuent le parc composé de pelouses, plates bandes fleuries, haies arbustives et potager, délimités par des allées sinueuses. Finalement, la villa ne semble pas avoir été édifiée et l'habitation fut aménagée en lieu et place de l'écurie-remise.


A. Percilly. Plan de la propriété de Mme Perrin à Hauterive :
détail - (Archives Percilly-Brière)
Ces nouvelles sources permettent à Anaïs Perrin d’enrichir l’offre de soins du Hammam de la rue Burnol avec des soins thermaux (douches et bains) qu’elle officialise en déclarant en mairie le titre de : « Hammam de Vichy Grand Établissement thermo-médical ». L’eau des sources d’Hauterive est transportée en bouteilles ou bonbonnes et stockée dans un bassin aménagé dans les combles de l’établissement. Nonobstant, si l’on en croit les annuaires de la ville, ce hammam ferma ses portes en 1925. Dans les années 1970, un cinéma s’installa à l’emplacement de l’ancien théâtre (il a fermé à son tour en 2004), tandis qu’une agence bancaire prenait place au n°7.


Carte postale, vers 1925
Du côté d’Hauterive, le chalet d'habitation a été rasé entre 1920 et 1925, au moment de la construction de la voie ferrée reliant Vichy à Clermont-Ferrand. La propriété a été rachetée en 1922 par la Société centrale puis en 1937 par la Société commerciale d’eaux minérales du bassin de Vichy mais l’exploitation des sources a été stoppée en 1942. Pendant la guerre, l’embouteillage abrita l’imprimerie nationale de la gendarmerie. Le 13 août 1944, deux résistants, Célestin Chino qui habitait sur place et Antoine Fullin, ont été fusillés dans le parc par la Gestapo, après avoir été contraints de creuser leur propre tombe. (voir l’enquête de Célestin dans « La Montagne », 16 juin 2013). Le bâtiment d’embouteillage qui tombait en ruine fut rasé en 1977.

Un monument à la gloire d’Armand Perrin au cimetière de Vichy


A. Fanzoni. Monument funéraire de
la famille Perrin (phot. F. Gelin)
À la mort d’Armand Perrin, Antoine Percilly dessina plusieurs projets de chapelle funéraire mais le tombeau prendra finalement la forme d’un monument à la gloire du « Fondateur de l’école Carnot et de l’établissement médical le Hammam de Vichy », probablement érigé à l’instigation d’un comité d’admirateurs. Un ange et une pleureuse encadrent le buste du défunt. L’ensemble est signé : « Fanzoni - Carrare », peut-être André Fanzoni, auteur d’une vierge à l’enfant en marbre de Carrare qui orne une chapelle latérale de l’église Notre-Dame des Tables à Montpellier… Fanzoni est le nom d’une véritable dynastie de sculpteurs carraresi. 





Bibliographie : 

 - Le Hammam : grand établissement thermo-médical fondé sur des bases scientifiques... ses eaux minérales naturelles gazeuzes, bi-carbonnatées, ferrugineuses lithinées, arseniées, phosphatées, etc. et ses différentes autres ressources médicales : monographie suivie d'un guide pour les étrangers.-- Issoudun : Impr. A. Gaignault, [ca 1895]. 

- Notice sur Armand Perrin dans Les Bourbonnais célèbres et remarquables : arrondissement de Vichy par Maurice Sarazin, 2009 

La rentrée littéraire de janvier au Fonds local

"Sortie de secours" de Cécile Girolami


Après des mois de petits boulots et de collaboration forcée avec Pôle emploi, Alix Novak signe un contrat pour ce qu'elle pense être un banal travail de secrétariat aux Assurances du Talion. Dès lors, sa vie prend une tournure que l'on ne souhaite à personne : se blessant, se coupant, se brûlant sans arrêt et surtout sans raison ! Avoir autant de malchance, ce n'est pas normal. Alix mène l'enquête et découvre qu'elle a signé en toute innocence un pacte pour le moins étrange et surtout très dangereux. Dès lors une seule question tient le lecteur en haleine : comment  l'héroïne va-t-elle faire pour se libérer d'un contrat qui la lie, à la vie à la mort, à quelqu'un d'autre ?




Sortie de secours,   est le premier ouvrage d'une jeune romancière : Cécile Girolami. D'accord, c'est une collègue et vous pourriez penser que c'est du copinage. Eh bien non ! Même si j'avais dès le départ un regard bienveillant, j'ai été suffisamment impressionnée par le résultat de deux ans de travail pour avoir envie de mettre ce roman en avant. Une histoire qui vous plonge dans le monde très réel de l'entreprise mais qui se lit comme un polar teinté de fantastique.

Venez le découvrir aux Fonds Patrimoniaux ou profitez du passage de l'auteur à la librairie Carnot le 27 janvier prochain à 20 h. Vous pourrez poser vos questions à cette romancière pleine d'avenir.

Site de l'auteur






Martine

Valery Larbaud et Quasie à l'honneur dans... "La Vie de l'Auto" !

Bientôt disponible aux Fonds patrimoniaux.

A noter : les Fonds patrimoniaux sont actuellement fermés pour travaux.

Éventail de la Belle Epoque

G. Fraipont. Eventail publicitaire Vichy-Etat, 1903
Objet à la fois pratique, décoratif et somme toute un peu mystérieux, l’éventail a été décliné sous des formes variées. Cet accessoire égaye, rafraichit et transmet aussi parfois un message bien souvent à caractère publicitaire, illustrant aussi bien la mode, les voyages, ou encore l’épicerie… Mais il peut aussi constituer un objet de collection. Certains modèles se révèlent d’ailleurs  d’une grande rareté, pièces uniques ou fabriquées en nombre limité. C’est sans conteste la France qui se révèlera le pays le plus productif, notamment en éventails publicitaires.

Au début du XXe siècle, Vichy compte parmi les plus importantes stations thermales d’Europe. Un grand nombre de spectacles et d’activités y sont organisés. La Compagnie fermière de l’établissement thermal, en exécution d’un décret impérial, a construit un premier casino en 1865, bientôt agrandi avec la création d’une salle de théâtre Art nouveau, décorée de motifs floraux. L’or, l’ocre, l’ivoire dominent. Ainsi, à partir de 1901, Vichy est en mesure d’organiser des saisons musicales prestigieuses.


Ce décor féerique de l’Opéra de Vichy va inspirer de nombreux artistes, parmi lesquels Gustave Fraipont  qui, à travers ce très bel éventail, datant de 1903, a mis l’édifice en valeur au milieu d’un bouquet d’œillets colorés dans le style Art nouveau.

Peintre, graveur, dessinateur, aquarelliste, illustrateur, né à Bruxelles en 1848, Gustave Fraipont, se spécialisa dans l'affiche touristique mais illustra également des livres pour la jeunesse tels les « Contes de Perrault » ou les « Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet. Il est par ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages techniques et notamment de « L’art de composer et de peindre l’éventail, l’écran, le paravent », édité par H. Laurens en 1895. Il meurt en 1923.

Il a aussi illustré de 126 dessins « L'Auvergne » publié en 1902 par Librairie Renouard, également conservé aux Fonds patrimoniaux de la Médiathèque Valery-Larbaud.





Solange


Collection Jacques-Cousseau – Épisode 1 : Les Hôtels bien sûr !




Thermal-Palace, vers 1930
voir la notice dans le catalogue
L’espace Patrimoine de la Médiathèque accueille depuis 2013 le Centre international de ressources sur le Patrimoine thermal, initié dans le cadre du projet « Sources de culture » associant EHTTA (association de villes thermales historiques européennes) et la Route des Villes d’eaux du Massif central. Pour favoriser son développement et son accessibilité, une part des crédits alloués par la Commission européenne a été consacrée à la numérisation et à la description des 8 000 cartes postales anciennes de la collection Jacques-Cousseau, illustrant pour la plupart les différents aspects de la vie thermale de la station. 

Hall de l'Hôtel Albert Ier, vers 1936
voir la notice dans le catalogue
 Le résultat de cette opération est progressivement mis en ligne sur le catalogue de la Médiathèque et sur la galerie Flickr du Patrimoine. Pourquoi progressivement ? Parce que la description de chaque carte doit être complétée avec les termes adéquats qui permettront ensuite au chercheur de se voir proposer les réponses les plus pertinentes à sa requête. Ainsi, un curieux qui voudra connaître l’aspect de la rue Wilson à la Belle Époque verra défiler les vues de l’ancienne rue Cunin-Gridaine ; celui qui s’intéressera à l’Hôtel Aletti d’aujourd’hui aura-t-il accès à l’ensemble des cartes concernant cet établissement, même si elles sont légendées « Thermal-Hôtel ». 


Personnel de l'Hôtel International, vers 1910
voir la notice dans le catalogue
La totalité des cartes de la collection Cousseau concernant les hôtels est désormais en ligne, soit près de 900 modèles différents. De l’Hôtel des Ambassadeurs à l’Hôtel Windsor, des plus prestigieux palaces aux plus modestes pensions de famille, bien peu d’établissements ayant fait l’objet d’édition d’une carte ont échappé au « chasseur » de trésors qu’était le guide-médecin de Vichy. Façades, halls, salons, mais aussi parfois chambres ou même cuisines sont ainsi restitués alors que la plupart des ces établissements ont aujourd’hui été transformés en résidences. Enfin, ce ne sont pas seulement les bâtiments qui sont évoqués autour de ce sujet mais aussi les hommes et les femmes, avec une trentaine de cartes-photos qui ont fixé sur le papier glacé les figures des pensionnaires et du personnel qui animaient alors la station thermale.
Fabienne


Restaurant de l'Hôtel des Ambassadeurs, vers 1910
voir la notice dans le catalogue



Valery Larbaud, épistolier



Valery Larbaud était un grand épistolier. En témoignent les 8800 lettres présentes dans sa bibliothèque. Et si certaines d'entres elles ont été l'objet d'éditions et de critiques, il en reste de nombreuses inédites.

Heureusement, les chercheurs « larbaldiens » se prennent régulièrement au jeu et font un énorme travail de déchiffrage et surtout de recherche pour mettre à la disposition du grand public la correspondance de l'écrivain vichyssois. Ainsi Gil Charbonnier et Delphine Vieillard se sont attelés à la correspondance Valery Larbaud - Jean Royère publiée dans les Cahiers des Amis de Valery Larbaud,  dont le dernier volume paraitra l'année prochaine.

Mais aujourd'hui, vient de sortir aux Classiques Garnier Valery Larbaud et Jacques Copeau, correspondance (1911-1932),  éditée par Amélie Auzoux, jeune chercheuse parisienne, agrégée de lettres modernes.

On connaît Jacques Copeau l'homme de théâtre, directeur du
« Théâtre du Vieux-Colombier ». L’expérience artistique qui y sera menée de 1913 à 1924, notamment par Louis Jouvet et Charles Dullin, appartient désormais à la grande histoire de la scène française. Mais, tout comme l’on ne connaît pas forcément les liens qu’entretenait Valery Larbaud avec le milieu théâtral de son époque, on ne soupçonne pas non plus que Jacques Copeau fut critique de théâtre pour plusieurs journaux, avant de participer en 1908 à la création de la Nouvelle Revue Française en compagnie de Charles-Louis Philippe, André Gide… et qu’il en sera le directeur en 1912-1913.

C’est en 1909, lors de l’enterrement de l’auteur cérillois que Jacques Copeau rencontre Valery Larbaud pour la première fois. Et même si le parisien fait une description peu flatteuse du vichyssois, les deux hommes vont entretenir une correspondance de 1911 à 1932, évoquant la vie quotidienne de la NRF, la guerre et leurs projets respectifs. On sent le respect entre les deux auteurs et la passion des lettres qui les animent l’un et l’autre. Malgré cela ils ne seront jamais véritablement amis, Jacques Copeau en assumera toute la responsabilité expliquant qu’il a gâché bien des amitiés par orgueil, mais écrira dans son journal en mars 1940 combien il aimerait « revoir Larbaud ».

Amélie Auzoux a retranscrit 62 lettres échangées entre les deux auteurs, conservées à la médiathèque Valery Larbaud et au département des Arts du spectacle à Paris. Elle a fait suivre cette correspondance par le texte inédit, également conservé à la médiathèque,  de la première conférence de Valery Larbaud au Théâtre du Vieux Colombier en février 1923 sur les romanciers espagnols. L’auteur de « Fermina Marquez » en fera trois autres dont malheureusement il ne gardera aucune trace.

Manuscrit de la conférence donnée par Valery Larbaud au Théâtre du Vieux-Colombier


Martine