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Valery Larbaud et Edouard Champion





Aux 23 lettres de Valery Larbaud à Edouard Champion déjà présentes dans le fonds littéraire, vient s'en ajouter une nouvelle, acquise récemment. Elle date du 21 avril 1929 et a été écrite à Rome où l'auteur d' Allen séjourne alors.

A cette époque, Valery et Edouard, fils du grand éditeur parisien Honoré Champion, sont amis et entretiennent des réflexions littéraires débutées alors qu'ils étaient adolescents au lycée Henri IV à Paris.

En 1929, E. Champion a repris le flambeau de son père et s'est installé libraire-éditeur au quai Malaquais à Paris, ce qui lui permet de côtoyer l'élite de la littérature française de Maurice Barrès à Jean Cocteau en passant par François Mauriac ou Colette.

Dans ce courrier, V. Larbaud évoque ses impressions sur Rome et remercie son ami de lui avoir envoyé un "beau livre". Mais de quel livre s'agit-il ?

La réponse se trouve dans une lettre précédente dans laquelle le vichyssois demande à E. Champion un ouvrage qu'il a édité : "sur les Français à Parme au XVIIIe siècle" et que V. Larbaud ne peut trouver à la Bibliothèque Nationale italienne.

Ce livre, édité en 1928 et écrit par Henri Bédarida, s'intitule Parme et la France de 1748 à 1789. C'est un épais volume de plus de 600 pages important pour V. Larbaud, qui écrit, en réponse à son ami : "Tu me fais un cadeau magnifique... j'y trouve beaucoup de renseignements qui me sont précieux". V. Larbaud le fit relié en toile jaune à coin et indiqua sa provenance sous l'envoi de l'éditeur.

Par ailleurs, V. Larbaud confirme à E. Champion qu'il peut l'inscrire dans la collection "Les amis d'Edouard" et qu'il lui remettra un texte avant octobre. Destinée aux bibliophiles, cette collection voit le jour en 1911 et se poursuivra jusqu'en 1938, comptant 167 titres. L'éditeur parisien prend le soin de choisir des textes d'amis et les imprime à ses frais, toujours chez le même imprimeur Paillart d'Abbeville. Tout son programme tient dans cette phrase qui se lit à la fin des premiers numéros : "Edouard publiera de ses amis, et pour eux, des pages de...".

V. Larbaud tiendra promesse et donnera Le Gouverneur de Kerguelen. Ce texte paraîtra en 1933 et sera le n°159 de cette collection.

Martine

"Les musiques du silence"

Pierre Lafoucrière . Phot. J.-M. Vincent
L'été dernier à Montluçon, la Galerie Écritures  avait organisé une exposition rétrospective de l'oeuvre de Pierre Lafoucrière intitulée "Les musiques du silence". Ce titre résonne étrangement en ce mois de novembre puisque nous avons appris la disparition du peintre, à l'âge de 90 ans.

Pierre Lafoucrière était venu à Vichy le 12 mai, à l'occasion de la remise du Prix Valery-Larbaud, inaugurer et présenter avec passion l'exposition consacrée à ses peintures inspirées de la littérature, occasion de rendre hommage aussi à Monique Kuntz, ancien conservatrice de la médiathèque.

Cette dernière avait organisé plusieurs expositions autour de l'oeuvre de ce peintre natif de Louroux-de-Bouble et l'avait invité à se pencher sur les vers du poème "Europe" de Valery Larbaud.























P. Lafoucrière. Europe : peinture sur papier, 2014
Phot. J. Mondière


Pierre Lafoucrière aura travaillé jusqu'à son dernier souffle et l'on pourra voir certaines de ses œuvres à Souvigny l'année prochaine, dans une exposition consacrée au vitrail, ainsi qu'à la Galerie Écritures où seront présentées ses dernières grandes aquarelles.


"Avec son décès, l’art contemporain perd un formidable créateur, maîtrisant les techniques au service d’une rare sensibilité, ce qui lui a permis de réaliser un très bel ensemble d’œuvres. Et si les supports, les techniques, les couleurs, les sujets sont différents, l’ensemble est très homogène, on reconnaît de suite son travail dans lequel dominent le geste, la lumière, l’harmonie et la spiritualité. Ce travail demeurera au-delà de sa disparition. Ses œuvres se trouvent dans les intérieurs de collectionneurs, dans les Frac, les Musées, une salle lui est consacrée aux Musées d’Art Moderne Religieux du Vatican. Son œuvre est visible par tous dans les églises qui accueillent ses vitraux, ses chemins de croix, vêtements liturgiques, croix de procession et autre porte de tabernacle (plus de 14 lieux). Il est et restera dans le  cœur des visiteurs et amateurs de peinture qui l’ont rencontré, tant sa personnalité était bienveillante, tant ses mots nous rendaient plus intelligent, tant la lumière de son regard nous éclairait."
Jean-Marc Vincent - Galerie Écritures


Fabienne



Valery Larbaud et Jean-Marie Levet

Une précédente chronique avait relaté le prêt d’une affiche de la Bibliothèque-musée de Valery Larbaud, à la Cité du Vin, à Bordeaux, pour une exposition présentée du 17 mars au 21 juin.

Un très beau catalogue de cette exposition vient de paraître. Publié par Gallimard, et intitulé "Bistrot ! de Baudelaire à Picasso", cet ouvrage remarquable a pour but de « témoigner, sur plus de deux siècles, de la vitalité de ces lieux emblématiques de nos mondes modernes. Au prétexte de partager un verre de vin, un apéritif ou une boisson chaude, toute la société s’y retrouve. »


Ainsi, le bistrot, haut-lieu de la vie sociale, colonisé par les artistes et les écrivains de tout temps, est magnifié au travers un choix pertinent d’analyses signés Pascal Ory, Antoine de Baecque, Philippe Sollers et Stephane Guégan, mais aussi d’œuvres peintes et de documents littéraires.

Et bien sûr, on retrouve, célébré par Frédéric Vitoux (Prix Valery Larbaud 1991), Jean-Marie Levet (1875-1963) qui posa pour Jaques Villon (1875-1963) afin de réaliser en 1899, une publicité pour le Grillon american bar concert situé 20 rue Culas à Paris.


Jean-Marie Levet avait alors 25 ans et était connu à Montmartre non seulement pour ses premiers essais poétiques mais également pour l’excentricité de son accoutrement. Du jour, où Larbaud acheta cette affiche, elle ne quitta plus son bureau.

La mort précoce de Levet empêcha une rencontre avec Valery Larbaud, qui en était un grand admirateur. Toujours soucieux de faire partager ses plaisirs littéraires, le vichyssois, aidé de Léon-Paul Fargue fit publier les Poèmes de Levet en 1921 par la Maison des Amis des Livres. 

Hasard du calendrier éditorial, vient de reparaître dans la jolie Bibliothèque des impardonnables aux éditions Fario,  la "Conversation à l'intérieur d'une limousine", conversation tenue par Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud alors qu'ils se rendaient à Montbrison chez les parents de Jean-Marie Levet...

La vie rêvée de A.-O. Barnabooth

"La vie rêvée de A.-O. Barnabooth m'a toujours donné envie de partir" écrivait le regretté Michel Déon.

 Archibald Olson Barnabooth, héros littéraire né à Campamento (Amérique du Sud). Son métier ? Rentier et voyageur ! En effet, avec une fortune de 10 450 000 livres sterling de revenu, tout est permis !

L'art, la littérature, les voyages et les femmes remplissent la vie de ce jeune américain, mais également l'apprentissage du cynisme, de la goujaterie et de l'indifférence de ses interlocuteurs.




Valery Larbaud a 32 ans lorsqu'il publie en 1913  A. O. Barnabooth : ses oeuvres complètes, c'est-à-dire un conte, ses poésies et son journal intime.  Cinq ans auparavant ont déjà paru  Poèmes par un riche amateur ou Oeuvres françaises. 
S'il s'est inspiré de sa vie pour créer ce personnage, il serait faux de penser qu'il s'agit de son autobiographie.

Barnabooth se lit comme une vie rêvée. A l'abri de son personnage, l'auteur plutôt timide, fait l'expérience d'une existence qu'il a effleurée et dont la magie le fascine.

Notre collègue Florian Diou a choisi de vous lire un extrait du journal intime de Barnabooth, où  Valery Larbaud fait volontiers preuve de provocation.

Découvrez-le, mais attention, vous pourriez avoir envie de faire vos bagages !

Martine


Valery Larbaud et le jabiru

Au fil du traitement des collections apparaissent parfois des documents intrigants...

Valery Larbaud et Adrienne Monnier en 1919
A la demande d’Adrienne Monnier, l’amie libraire de Valery Larbaud, Paul-Emile Bécat avait entrepris de constituer une galerie de portraits à la mine de plomb des écrivains qui fréquentaient la « Maison des Amis des Livres » : Claudel, Gide, Valéry, Fargue, Romains, Güiraldes, Joyce… 


En 1919, Valery Larbaud se prête au jeu. Il le note dans son journal à la date du samedi 2 août : « Hier, PE Bécat a fait un croquis de moi. » Et, pour le cas où le dessin n’aurait pu être achevé en une seule séance, Sylvia Beach, la comparse d’Adrienne Monnier, était chargée de prendre en photographie l’écrivain portraituré. 

Valery Larbaud pose donc dans le cabinet de travail d’Adrienne Monnier. Assis sur un fauteuil à col de cygne, il tient dans sa main droite l’oiseau en cuivre, que les proches d’Adrienne ont toujours vu sur son bureau, et que Léon-Paul Fargue avait surnommé « Jabiru » du nom d’un oiseau originaire de contrées lointaines. 

D’après ses amis, Valery Larbaud avait une sorte de tendresse pour cet oiseau et jouait avec, chaque fois qu’il passait voir Adrienne et Sylvia dans leur librairie. En l’honneur de ce même oiseau, Léon-Paul Fargue avait composé une petite chanson, à la manière de Dranem.

Martine

Correspondance

Deux nouvelles lettres viennent s’ajouter aux fonds littéraires des Fonds Patrimoniaux.

R. Caillois
La première est signée Roger Caillois. Il s’agit d’une lettre de remerciement datée du 27 décembre 1965. Elle est adressée à Jean Paulhan qui, quelques jours plus tôt, a prononcé un discours à l’Académie française, à l’occasion de la remise du Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française, décerné à l’auteur de  Pierres. 



C’est en 1934 que le jeune R. Caillois, encore élève à l’Ecole Normale Supérieure, écrit pour la toute première fois à J. Paulhan, alors rédacteur en chef de la Nouvelle Revue Française depuis la mort de Jacques Rivière en 1925. J. Paulhan, qui est à l’écoute de tous les jeunes écrivains gravitant autour du surréalisme, reconnaît tout de suite la maturité littéraire du jeune élève. Et si tous les deux s'éloignent rapidement du surréalisme, ils deviennent amis et vont échanger leur vie durant une importante correspondance.

On peut trouver également, aux Fonds Patrimoniaux, un très beau portrait de J. Paulhan rédigé par R. Caillois  dans Mauss, Valéry, Paulhan  publié récemment aux éditions Fata Morgana.





La seconde lettre concerne un écrivain et un médecin. Georges Perros, l’auteur, notamment de Faut aimer la vie ou L’occupationest distingué en 1973 par le Prix Valery-Larbaud pour son ouvrage Papiers collés. Son correspondant qui a publié, la même année, Valery Larbaud sous divers visages se nomme Théophile Alajouanine.


T. Alajouanine
Ce neurologue a soigné Valery Larbaud pendant 22 ans. Il est resté fidèle à sa mémoire en assistant régulièrement à la remise du prix qui se tient à Vichy. Homme de culture et grand collectionneur, il a développé de nombreuses amitiés avec les écrivains et entretenu une importante correspondance avec ces derniers. Il a donc naturellement envoyé ses félicitations à Georges Perros, qui en réponse lui fait part de son étonnement d’avoir été récompensé par le Jury Larbaud, dans ce courrier daté du 18 mai 1973.
Martine

Michel Déon ne viendra plus à Vichy...


Hommage à Michel Déon, ici à Vichy en 2008, lors de la remise du Prix Valery-Larbaud, auquel il présidait alors.

Parmi les quatre livres que Michel Déon aurait souhaité emporter sur une île déserte, il indiquait Valery Larbaud : "Bien que n'étant pas un romancier type, Valery Larbaud est un écrivain qui a su respirer l'air du dehors. Délicieusement cultivé et d'une grande finesse, il a marqué son temps avec des pages subtiles et brillantes, une poésie d'une infinie élégance. Voyager avec lui, c'est prendre les transatlantiques et les chemins de fer comme des nobles coursiers. Aujourd'hui, il se cloîtrerait."
Pour en savoir plus, voir le site Bibliops

Le "délicieusement cultivé et d'une grande finesse" pouvait tout aussi bien s'appliquer à lui et il ne faut pas manquer de lire ou relire "Le jeune homme vert" bien sûr, mais aussi "Les poneys sauvages", "Un taxi mauve", "Madame rose" ou encore "Je me suis beaucoup promené..." publié en 1995 : "De son expérience, le promeneur est revenu différent, poursuivi, en incorrigible romancier qu'il est, par des images volées au temps dévorant..."
La plupart des livres de Michel Déon sont disponibles à la Médiathèque. Voir le catalogue en ligne

Le voyage en littérature

De nombreux écrivains, à l’instar de Valery Larbaud, furent de grands voyageurs et se servirent de leur talent pour témoigner de leur expérience. Il n’est donc pas étonnant que des anthologies, nous invitant à partir au bout du monde,  nous offrent la possibilité de les (re)découvrir.

Partir, par exemple, en Abyssinie, à Berlin, Brazzaville, Vallombros ou sur la mer Egée ; prendre l’Orient-Express ou le Transsibérien et avoir entre autres Michel de Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, Frédéric de Stendhal, Blaise Cendrars ou Jean-Marie Le Clézio comme guides, c’est tout de même un privilège !


Balades littéraires en Albanie

Le goût de la Croatie

Le goût de Londres
Les plus beaux poèmes 
de voyage
Le goût de  Rio de Janeiro
Le tour du monde en poésie
L'Ouest surnaturel
Le goût du voyage
Ecrire le voyage
Histoires de trains
Vous n'avez plus qu'à choisir votre destination. Tous ces ouvrages peuvent être consultés sur place ou empruntés.

Martine

Pierre Rivas : don d'un chercheur

Pierre Rivas a fait don récemment au Fonds Valery Larbaud d’une importante correspondance datant des années 1970 qu’il a entretenue avec différents prestigieux auteurs parmi lesquels Emmanuel Berl, Julio Cortazar, Michel Déon, Roger Grenier, Paul Morand, Pascal Pia, Victor Ramos ou Paulo Ronai. Tous essaient de répondre avec le plus de précisions possibles aux questions de leur interlocuteur.

En effet, Pierre Rivas est un universitaire spécialiste des littératures française, portugaise et brésilienne et a fait paraître à ce sujet de nombreuses études. Littérature française - Littératures lusophones : regards croisés est d’ailleurs l’une de ses dernières publications. Traducteur, il a également dirigé l’édition critique de la publication française de  Macounaïma ou le Héros sans aucun caractère de Mario de Andrade en 1996.


Cette correspondance témoigne de ses recherches effectuées dans ce domaine. Et si Pierre Rivas a souhaité faire ce don à la ville qui a vu naître Valery Larbaud, c’est que son chemin de chercheur a, un jour, croisé celui de l’écrivain qui s’était passionné sur le tard pour la littérature lusophone.

De l’élaboration de sa thèse en 1976 Les relations littéraires entre la France, le Portugal et le Brésil de 1880 à 1930 à aujourd'hui, Pierre Rivas n’a cessé de travailler sur Valery Larbaud, notamment en dirigeant le Cahier des Amis de Valery Larbaud en 2005 intitulé Dernière tentation de Valery Larbaud : le Brésil. 

Pierre Rivas fait un joli cadeau à la ville de Vichy en décidant de lui confier cette correspondance où l’on peut découvrir l’intérêt que tous ces écrivains portaient à ses travaux.

Martine

Les bibliothécaires lisent Valery Larbaud

C’est en 1922 que Valery Larbaud rencontre la gênoise Maria Nebbia. Compagne, amie, infirmière, cette belle italienne accompagnera l’auteur jusqu’à la fin de sa vie. Ce dernier, pourtant si discret sur sa vie privée, a écrit de magnifiques pages, dans son journal, sur sa compagne lors d’un séjour à Milan en 1935. 

 Installez vous dans un bon fauteuil, fermez les yeux et écoutez cette déclaration d’amour de Valery Larbaud, lue par notre collègue Romain Corre. 

 Savourez !


La photographie dans les collections de Valery Larbaud


Le fonds Valery Larbaud comprend plus de 2.000 photographies dont au moins 1.500 prises du vivant de l’auteur qui faisaient partie de la vente de la collection de l’écrivain à la Ville de Vichy en 1948.  Elles sont actuellement en cours de numérisation et de traitement informatique. Comme beaucoup, le vichyssois aimait s’entourer de clichés représentant ses proches, ses amis écrivains, mais aussi les lieux où il avait vécu. Dans ses collections, on trouve bien sûr des portraits exécutés par des photographes professionnels mais également de nombreux clichés amateurs, dont certains pris par l’auteur lui-même. Valery Larbaud avait visiblement une pratique régulière de la photographie, même s’il l'évoque assez peu dans son journal.


   Après l’invention de l’héliographie (1826) et du daguerréotype (1837), c’est en 1840 que William Henry Fox Talbot invente le calotype, procédé négatif-positif permettant la diffusion multiple des images. Il pose ainsi les bases de la photographie argentique. Par la suite, les professionnels travailleront sur l’amélioration des tirages. Pour ceux que l’histoire de la photographie intéresse, la médiathèque possède de nombreux livres sur le sujet. Vous pouvez consulter entre autres  La photographie en France : des origines à nos jours  de Claude Nori ou encore La photographie : l'époque moderne, 1880-1960  de Quentin Bajac.

   Mais jusque dans la première moitié du 19e siècle, les portraits sont encore grand format, et coûtent relativement cher. Ainsi, seules la noblesse et la grande bourgeoisie peuvent se payer ce luxe.
   Il faut attendre 1854 et l’invention de la photo-carte de visite ou portrait-carte de visite par Eugène Disdéri pour que la petite et moyenne bourgeoisie accède à la photographie. D’un format de 53 x 85 mm, le portrait est alors décroché du mur et s’échange entre membres de la famille ou entre connaissances. Dès lors, toutes les étapes de la vie sont consignées : naissance, communion, mariage, etc.

   On trouve de nombreuses photo-cartes dans les collections de Valery Larbaud, mais une seule est signée Eugène Disdéri.


   Cette photographie, prise en 1874, représente Léon Labbé (1832-1916). Ce chirurgien qui a aussi fait une carrière politique, était un ami de Nicolas Larbaud (1822-1889). Il a opéré et sauvé Valery Larbaud d’une hernie menaçant de dégénérer en péritonite, quand il avait 6 ans. On comprend que cette photographie ait été précieusement conservée.
   On reconnait, sur le dos de la photographie, l’écriture de Valery Larbaud indiquant qui est représenté et la date du cliché. Un certain nombre de photographies possèdent ce genre d’annotations : inutile de dire combien les bibliothécaires lui en sont reconnaissantes !

   De plus, Valery Larbaud a fait retirer un certain nombre de photographies sur support carte postale inscrivant les précieuses informations au dos. Voici, par exemple, sa mère Isabelle Larbaud (1843-1930) sur un cliché pris à Pau par L. Subercaze en 1879, année de son mariage avec Nicolas Larbaud.



   En voici une autre, représentant quelques années plus tard sa mère (à gauche) et sa tante Jane (à droite) à Valbois, propriété de la famille. Elles sont accompagnées de trois jeunes domestiques, mais aussi de nombreux chiens dont à gauche Valentin. Isabelle et Jane, sœurs jumelles, étaient pourtant de caractères très différents. Ecoutons Maria Nebbia, la compagne de Valery les décrire : « La tante douce, compatissante et affectueuse, haute en couleur comme vous dites, avec son parler du terroir où elle a toujours vécu. Sa mère assez autoritaire et plutôt froide. » Ne les ayant jamais rencontrées, elle tenait certainement cette information de son compagnon.



   Encore une des très nombreuses photographies représentant les chiens de la maisonnée. Isabelle, mais surtout Jane avait un amour immodéré pour ces adorables animaux. Ces derniers ont reçu, chez les photographes, le même traitement que leurs maîtres, comme en témoigne cette photographie de Mimi, décidément bien à l’aise sur son fauteuil.




   Une autre chienne, Lili a, elle aussi, eu les honneurs du photographe. Ce cliché est le premier que nous possédons de Valery Larbaud. Il a probablement été pris en 1882 et est signé Léon Lagny, installé à Vichy à partir de 1881. Cette fois, c’est Isabelle qui nous indique qui est sur la photo donnant ainsi le nom de l’enfant, du chien, ... mais pas celui de la nourrice !


   Le déclin des photos cartes et de la photographie professionnelle débute dans les années 1900 avec l’avènement de la photographie d’amateur induite par l’évolution technique et le lancement du Kodak. Bien sûr, cette pratique est encore réservée à une classe aisée qui a les moyens et le temps de se former. On s’aperçoit que Valery Larbaud est complètement dans l’air du temps avec cette nouvelle technologie. Lorsqu’il s’embarque pour un voyage en Italie en novembre 1900 avec son ami Jean-José Frappa, il va bien évidemment prendre quelques clichés de son périple. Parfois avec succès et parfois… moins !

   De nombreux autres voyages seront l’objet de photographies ramenées en souvenir. Larbaud aimait pratiquer ce que l’on nomme aujourd’hui le tourisme littéraire. Ainsi en mai 1934, il part en Angleterre, à Langar, lieu de naissance de l’un de ses auteurs préférés : Samuel Butler (1835-1902). Il achète des cartes postales dans une boutique où on le regarde avec étonnement, personne là-bas ne connaissant Butler. Mais il prend aussi beaucoup de clichés. Certains (les meilleurs) sont collés directement dans le journal qu’il est en train de rédiger, d’autres seront tirés plus tard en cartes postales et même encadrés.




   Dans la collection de Valery Larbaud, on retrouve aussi un grand nombre de portraits d’écrivains, amis ou simplement des auteurs qu’il admirait et dont il aimait s’entourer dans sa Thébaïde. Certains sont dédicacés et/ou encadrés. En voici une d’Henri Jean-Marie Levet, né à Montbrison en 1906 et mort trop jeune en 1911. Ce diplomate est l’auteur des poèmes que Valery Larbaud et son ami Léon-Paul Fargue feront publier en 1921 dans un recueil intitulé « Cartes postales ».


   A propos d’Henri Jean-Marie Levet, Valery Larbaud possède une bien étrange photographie qui a été source de nombreux étonnements.


   Curieuse n’est-ce pas ? Valery Larbaud nous en donne l’explication dans son journal de 1911 : «Fargue m’avait donné une photographie manquée, sur laquelle deux vues différentes se mêlaient. Levet debout au bord d’un trottoir, à Paris ; et Levet assis sur le plancher de la chambre de sa mère, la tête appuyée sur l’épaule de sa mère assise, et la regardant (la position dans laquelle il est mort). J’avais noté la ressemblance de la mère et du fils.»



   Valery Larbaud a expurgé de ses journaux tout ce qui était trop intime, avant de vendre ses collections à la ville de Vichy. Heureusement il a gardé des photographies de la femme de sa vie. Maria Nebbia, rencontrée en 1922 à Gênes, sera la première à ne pas menacer sa liberté. Elle sera sa compagne, son amie et même son infirmière jusqu’à la fin de sa vie.




 Et maintenant regardez bien ces photographies. La première représente Madame et Monsieur Marcel Ray avec Maria Nebbia, tandis que sur la seconde on peut voir Maria Nebbia, Madame Marcel Ray avec Valery Larbaud. Elles ont été prises en Albanie lors du dernier grand voyage du couple en 1935. Ils étaient partis voir Marcel Ray, alors ambassadeur à Tirana et grand ami de Larbaud.


   Voici deux autres tirages ayant reçu un traitement assez particulier. Eh oui, Maria Nebbia a disparu du cadre, emportée par des ciseaux bien aiguisés. Non, rassurez vous il ne s’agit pas d’une coupe sauvage de notre part, mais plus vraisemblablement de celle de Maria Nebbia. En effet, il existe d’autres clichés ayant reçu le même traitement. Peut-être n’aimait-elle pas se voir en photographie ?


   C’est au retour de ce voyage que Valery Larbaud est terrassé par un accident vasculaire cérébral qui provoque une hémiplégie et aphasie. Les années suivantes, Valery Larbaud partage son temps entre Vichy et Valbois.


   Valbois est le fief de la famille maternelle. Ce domaine sera toujours lié à l’enfance de Valery Larbaud lorsqu’il venait passer ses vacances auprès de Jane, sa tante. C’est également ici qu’adulte il viendra trouver le calme, la paix et l’éloignement. Il en avait fait son lieu de « retirance » : « Tout autour du château, c’est le jardin et ses roses, un kiosque vieillot, la charmille et le parc avec, d’un côté des marronniers et de l’autre les sapins. Enfin la prairie, le vallon planté de pins où serpente le ruisseau et les bois. »

   Enfin, pour conclure, voici l’un des derniers clichés de Valery Larbaud pris à la fin de sa vie. Bien entouré par Maria, Laeta, son infirmier, il s’est éteint en 1957.

   Au travers ces photographies, c’est toute la vie de Valery Larbaud que l’on découvre sous un angle nouveau. Il est bon de mettre des visages sur des noms rencontrés dans les journaux ou la correspondance de l’auteur. C’est aussi, en quelque sorte, une partie de la société intellectuelle européenne qui apparaît au fil des images. Il ne vous reste plus qu’à venir les découvrir aux Fonds Patrimoniaux.

Martine